Pourquoi votre courtier affiche un gain différent de la réalité
Un courtier affiche une variation de valeur, pas votre rendement. Il ignore souvent vos apports successifs, traite les dividendes de façon incohérente et n'intègre ni les frais de courtage ni l'effet de change. Sur un portefeuille alimenté chaque mois, l'écart entre le chiffre affiché et le rendement réel dépasse fréquemment plusieurs points.
Vous ouvrez votre application. Elle annonce +12 %. Vous refaites le calcul dans un tableur et vous tombez sur +7,5 %. Aucun des deux chiffres n'est faux : ils ne mesurent pas la même chose.
Ce que votre courtier calcule vraiment
La plupart des interfaces affichent une variation de valeur de portefeuille entre deux dates. Elles comparent ce que vaut votre portefeuille aujourd'hui à ce qu'il valait au départ, ou à la somme de vos prix d'achat.
C'est un indicateur simple à produire, et il répond à une question légitime : combien vaut mon portefeuille par rapport à ce que j'y ai mis. Ce n'est pas un rendement. Un rendement mesure la performance de vos décisions dans le temps, en tenant compte du fait que tout votre argent n'a pas été investi au même moment.
Les quatre écarts, du plus gros au plus petit
1. Les apports successifs
C'est de loin le premier facteur, et il concerne tous ceux qui investissent régulièrement.
Prenons un cas simple. Vous investissez 10 000 € en janvier. Le marché monte de 20 % : vous avez 12 000 €. En novembre, vous ajoutez 10 000 €. Le marché baisse de 10 % sur décembre. Vous finissez à 19 800 € pour 20 000 € investis.
Votre courtier affiche une performance négative, environ -1 %. Pourtant vos décisions ont été plutôt bonnes : la première position a gagné, la seconde a perdu peu de temps. Ce que vous voyez, c'est l'effet du calendrier de vos versements, pas la qualité de vos choix.
Deux méthodes existent pour trancher. Le rendement pondéré par les flux, qui mesure ce que vous avez réellement gagné, calendrier compris. Le rendement pondéré par le temps, qui neutralise les apports et mesure la performance des actifs, et c'est celui qui permet de se comparer à un indice. Les deux sont utiles, pour des questions différentes.
2. Les dividendes
Selon l'interface, un dividende versé en espèces peut être compté dans la performance, laissé en liquidités hors calcul, ou disparaître de l'affichage une fois retiré.
L'écart n'est pas anecdotique. Sur un portefeuille orienté rendement, les dividendes représentent une part importante de la performance totale. Un affichage qui les ignore sous-estime structurellement votre résultat, année après année.
À l'inverse, un ETF capitalisant réinvestit automatiquement : le dividende est déjà dans le cours, et il apparaît donc correctement. C'est une des raisons pour lesquelles deux portefeuilles au comportement identique peuvent afficher des performances différentes selon la nature des supports.
3. Les frais
Frais de courtage à l'achat et à la vente, frais de connexion aux places, droits de garde éventuels, frais de change. Certains sont prélevés à la transaction et intégrés au prix de revient, d'autres sont débités du compte espèces et n'apparaissent jamais dans le calcul de performance.
Sur un portefeuille peu mouvementé, l'effet reste modeste. Sur un investissement mensuel de 100 € avec 2 € de frais par ordre, c'est 2 % qui partent à chaque versement avant même que le marché ne bouge.
4. Le change
Si vous détenez des actifs libellés en dollars depuis un compte en euros, votre performance mélange deux mouvements : celui du titre et celui de la parité. Un ETF américain qui gagne 10 % en dollars pendant que le dollar perd 8 % face à l'euro vous rapporte environ 2 %.
Certaines interfaces affichent la performance en devise d'origine, d'autres en euros, parfois les deux selon l'écran. Vérifiez lequel vous regardez avant de tirer une conclusion.
Comment obtenir votre vrai chiffre
- Exportez votre historique de transactions au format CSV depuis votre espace client. C'est la seule source qui contient les dates, les prix, les quantités et les frais réels.
- Reconstituez la ligne de trésorerie : chaque apport, chaque retrait, avec sa date.
- Choisissez votre question. « Combien ai-je gagné » appelle un rendement pondéré par les flux. « Est-ce que mes choix battent le marché » appelle un rendement pondéré par le temps, comparé à un indice de référence.
- Ajoutez les dividendes perçus, qu'ils aient été réinvestis ou non.
- Retranchez tous les frais, y compris ceux prélevés hors transaction.
Sur un portefeuille de quelques lignes, un tableur suffit. Au-delà d'une dizaine de lignes et de deux ans d'historique, la reconstitution manuelle devient une corvée qu'on ne refait jamais deux fois. Le point de départ reste le même dans tous les cas : exporter proprement ses transactions Degiro en CSV.
Trois erreurs classiques à éviter
- Comparer le pourcentage de son courtier à celui d'un indice. Les deux ne se calculent pas de la même manière. Vous comparez des choses différentes et vous en tirez une conclusion sur votre stratégie.
- Changer de stratégie sur la foi d'un chiffre mal calculé. C'est le vrai coût de ce sujet. Un investisseur qui croit sous-performer arbitre, paie des frais, et casse une allocation qui fonctionnait.
- Faire la moyenne des performances de ses lignes. Une ligne à +50 % qui pèse 2 % du portefeuille ne compense pas une ligne à -10 % qui en pèse 40 %. Seule la pondération compte.
Ce que ça change dans votre routine
Vous n'avez pas besoin de recalculer ça chaque semaine. Une fois par mois suffit largement, et c'est le rythme d'un investisseur long terme.
Ce qui compte, c'est de savoir quel chiffre vous regardez. Le pourcentage de votre application est un indicateur de valeur de patrimoine, parfaitement valable pour ça. Votre rendement réel est un autre chiffre, qu'il faut construire, et c'est celui qui doit guider une décision d'arbitrage. Pour situer ce rendement face à un repère plutôt que dans l'absolu, le backtest compare une position à un indice sur la même période.
Questions fréquentes
Mon courtier se trompe-t-il ?
Non. Il affiche une variation de valeur, correctement calculée. Elle ne répond simplement pas à la question que vous vous posez, qui est celle de votre rendement.
Quelle méthode dois-je utiliser pour me comparer à un indice ?
Le rendement pondéré par le temps. C'est le seul qui neutralise l'effet du calendrier de vos versements et qui rend la comparaison avec un indice valable.
Faut-il inclure les liquidités non investies ?
Cela dépend de ce que vous mesurez. Pour le rendement de vos actifs, non. Pour la performance de votre patrimoine, oui : de l'argent qui dort a un coût d'opportunité réel.
L'écart disparaît-il sur le long terme ?
L'effet des apports s'atténue quand le portefeuille devient grand par rapport aux versements. Celui des frais et du change, non.
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